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linogravure

Les portraits-robot

Démarche : La problématique de l'individu ou de l'individualité a toujours été au centre de mes questionnements et de mon travail artistique, et plus particulièrement tout ce qui est lié à l'intégrité d'une personne : l'instabilité de l'être (son équilibre et - surtout peut-être - son déséquilibre), le sentiment d'insécurité, l'angoisse, la confrontation ou la confusion de son individualité avec la masse. Je vois dans la façon dont le sujet de l'immigration est traité dans les sociétés européennes et notamment en France un symptôme de l'anéantissement de l'idée de l'individualité ou de l'unicité de chacun et de sa dignité.
Les portraits : J'aborde cette problématique en réalisant des portraits (dessins) de plusieurs personnes (hommes, femmes, garçons et filles). Ces portraits servent de calque pour créer des portraits-robots qui sont réalisés à partir des plaques de linogravure, une technique d'impression. Les plaques sont coupées en 5 parties (crâne et front, sourcils et yeux, nez, bouche, menton et cou). Ces parties permettent de composer une multitude de visages fictifs (p. ex. avec les portraits de 5 personnes j'obtiens ansi 3120 combinaisons possibles). Chaque tirage est donc unique et numéroté avec un code et signé. Ainsi la boucle de personnes recherchées (portrait-robot) et leur fichage (code d'identité) est bouclée, sauf que leur identité est devenue purement hypothétique.
La technique d'« enquête-fichage » de cette démarche évoque aussi le sujet de la criminalisation que subissent les personnes issues d'immigration en Europe. Cependant, le procédé ici est inversé : si une enquête commence généralement à partir d'un portrait robot afin de chercher une personne réelle, je commence par des personnes réelles afin de créer des stéréotypes.

Friedbert Wittich, artiste peintre

Peintre allemand installé en France depuis 2004, j'ai fait ma première exposition à Berlin en 1991 à l'âge de 22 ans. Depuis l'adolescence, je n'ai jamais cessé de m'exprimer à travers la peinture même si, souhaitant travailler en autodidacte, je n'ai pas suivi d'enseignement théorique (j'ai étudié la philosophie et les sciences physiques à l'université). Influencé à mes débuts par l'expressionnisme et la nouvelle objectivité, j'ai ensuite cherché un style et une technique plus adaptés à mes questionnements.
Pour moi, la confrontation avec un tableau ou une oeuvre d'art est avant tout un événement psychologique, n'obéissant pas à la logique de la langue et n'ayant à priori pas besoin d'elle. La lecture dépend uniquement du spectateur qui complète le triangle sémiologique. J'envisage l'oeuvre d'art comme une entité autonome et indépendante. Dans mon cas donc, pas de schématisme.
L'être humain, son individualité, son contexte ou la disparition/l'anéantissement de son contexte, son corps, son animalité sont depuis toujours au centre de ma recherche picturale. Après avoir longtemps peint à l'huile sur toile et aux pastels gras sur cuivre, j'utilise maintenant une encre à base de cire, d'huile et de résine. Ce liant mélangé avec des pigments naturels me permet de travailler directement avec les mains/les doigts sur n'importe quel support, de faire les gestes rapides propres au dessin ou à la gravure, et d'obtenir une peinture grasse (sans brillance, sans jaunissement mais avec la même résistance dans le temps que la peinture à l'huile).